Elle respire comme une feuille bercée par le vent. Parfois elle se retourne – brutalement ou interminablement.

Chaque nuit j’apprends sa respiration, je la connais par cœur.

J’essaie de me caler sur le rythme de son cœur,  je m’y perds et suis obligé de prendre un grand bol d’air. Elle est là depuis que j’existe, pas une journée sans elle. J’aurais voulu que la vie soit une nuit sans fin, me perdre dans son souffle parfois roque de la fumeuse. J’aurais voulu lui prendre la main, mais je ne sais pas faire cela, personne ne me l’a appris. Je rêve que je caresse sa paume un peu rêche, je ne sais pas si c’est bien de rêver aux choses qui ne se font pas.

Je ne sais pas si elle aimerait que je m’imagine. Je crois qu’elle ne sait pas elle même toutes les sensations de ma main d’enfant. Je compte ses respirations, puis je compte la durée « un,deux,trois » puis expiration « un, deux », cela n’est pas toujours pareil et  je m’endors et je compte et je m’endors.

Mon lit est à côté du sien, juste en contrebas. On le tire chaque soir, on le glisse chaque matin. La journée nos deux lits ne font qu’un. C’est moi qui disparais sous le dessus de lit aux ramages vert délavé. La nuit j’ai mon espace, à côté du sien, j’existe. Je crois même que je veille sur elle. C’est moi le maître de son repos, d’ailleurs elle s’endort toujours avant moi et le matin elle s’éveille après moi. Avec ma sœur , on veille sur son réveil. On est trois et je crois bien qu’on est heureux.