Je suis à coté de ma tête. Ne croyez pas qu’il en ait toujours été ainsi. Avant – avant mes problèmes de tête s’entend, j’étais comme vous, je croyais que l’être humain était doté d’une seule et bonne tête qui sert à tout – penser, blaguer, séduire, calculer, aimer, juger, rêvasser, compter….Ça c’était avant l’accident …. Comment vous parler de ce cataclysme et de son chapelet de pépins sans vous enquiquiner et vous arrêter dans votre lecture ? Comment vous exposer le mot qui résume tout ? Bon, foin de suspense ! Et bien ce mot souvent repoussé, parfois haï, jamais épelé commence par la lettre C.

Ce n’est pas un gros mot, loin de là, mais voilà j’ai un peu de mal à écrire ses quatre lettres, à chaque fois me voilà plongé dans une perplexité paralysante liée à mes fameuses têtes qui se superposent, se dédoublent ou pire ne font rien.

Tout ce qu’il y a eu avant l’événement, je m’en rappelle, tout ce qu’il y a eu après après l’événement, ça se complique sérieusement.

Je suis passé de l’ombre à la lumière.

Je m’explique.

Imaginez un entrefilet dans la gazette locale :

«Un collégien de 14 ans a été grièvement blessé hier soir vers 17 heures 15 à la sortie du collège Arthur Rimbaud.  Il a été renversé par une voiture, et a violemment percuté le pare-brise. La voiture, une R5 blanche, aurait brûlé le feu rouge selon les témoins, nombreux à cette heure de sortie scolaire. L’adolescent, a été transféré à l’hôpital H et se trouve dans un état très préoccupant selon les médecins…. »

Et bien là l’entrefilet m’était consacré. Je ne m’en fais pas une gloire que l’on ait parlé de moi dans le journal même si c’est habituellement plutôt flatteur. Aujourd’hui j’en tire encore quelques vanités.

Les mots de l’article ne sont rien si je ne vous parle pas de ce mot qui est tant pour moi et me brûle les lèvres ( la marque d’une nouvelle vie en un certain sens) c’est COMA (du grec Koma sommeil).

Un joli mot à fredonner, roucouler, chantonner ; quatre lettres à hurler, brailler, scander sur des rythmes endiablés.

En bref pour moi ce petit mot facile à placer au scrabble, qui ne bouleverse pas le dictionnaire et qui entre au livre des records pour certaines longévités devint le sens de ma vie.

Il a été une mort et une naissance à la fois. J’étais un être à une tête coulant des jours tranquilles et désormais je dois vivre avec ces têtes qui font de moi (je le dis sans triomphalisme) un être hors normes.

Je vois bien que vous vous dites «que nous veut ce drôle de bonhomme avec ses explications biscornues sur ce qu’il est».

Je veux juste vous dire qu’il n’est pas si compliqué de vivre avec toute cette complexe organisation intérieure. Je vois bien vos regards étonnés sur ma drôle d’allure, sur mes bizarreries en tous genres : j’assume.