extrait de La Rue des Enfants

Les flammes du feu de la Saint-Jean léchaient les visages des danseurs privés de musique. Juliette frotta ses avant-bras l’un contre l’autre pour chasser l’humidité de la rivière qui les enveloppait tous. Les voisines s’étaient regroupées, elles n’auraient manqué cette soirée sous aucun prétexte.

  • Il nous faut de la joie, du vent, de la musique. Il suffit du malheur qui colle aux chaussures avait déclaré Louise.

  • Les guinguettes ouvrent en mai, je demande à tout le monde et j’organise le retour de la légèreté s’était empressé d’annoncer Joseph.La tristesse ne ressuscite pas les morts, elle les pétrifie dans le présent et nous prive de lendemain.

Marie s’était retournée vers eux.

  • Te rappelles-tu Joseph quand nous dansions au son de l’accordéon ?

  • L’accordéon de Vianey, il manquait deux touches ! Sa musique était belle, au cœur de la guerre. Les boiteux, les manchots, les gueules cassées,les gazés, même les zinzins dansaient. Tu penses ! Jamais je n’oublierai. C’était une fleur posée dans les charniers. Ce pauvre Vianey je me demande ce qu’il est devenu.

Joseph s’interrogeait souvent sur le sort de ses compagnons de tranchées,

  • Nous étions soudés, j’aimerais savoir s’ils arrivent à être heureux, s’ils se remémorent les confidences échangées lors des nuits trop longues…

Il ne comprenait pas ce vide après le trop-plein de la guerre.